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Transitaires marseillais, d'où vient-on?

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Cette recherche est un résumé qui s’inspire des documents suivants, issus des archives du département des Bouches du Rhône :

- « Les Portefaix et le Dock », daté de décembre 1864, date d’achèvement de la construction du Dock (aménagement des terrains de la Joliette en entrepôts bord-à-quai), par Jacques Rostand.

- « Les Portefaix et la transformation du port de Marseille », tiré des Annales du midi, avril-juin n°112 en 1974, par Roger Cornu.

 

La Société des Portefaix 

 

Outre la définition connue de commerçant traitant l’acheminement de marchandises en son nom propre ou pour celui de son mandant, le métier de transitaire est le fruit d’une longue évolution. Au départ au plus proche de la marchandise, il est portefaix : il transporte et emmagasine des colis et se spécialise souvent par trafic. Il est sur le quai pour faire état du départ/de l’arrivée de la marchandise et rend compte au négociant.

Le métier de portefaix est de fait lié au transport maritime qui, jusqu’au XXe siècle, représente la quasi-totalité des échanges internationaux de marchandises. Le train est encore cloisonné au champ national, et les avions, camions n’en sont qu’au stade expérimental. 

Jusque dans les années 1950, le métier était organisé en Société des Portefaix et a connu son âge d’or au XIXe siècle. La loi Le Chapelier en 1791 avait pourtant imposé l’abolition des corps de métier, et donc l’interdiction pour les travailleurs de se constituer en association et syndicat (abrogée en 1864 avec l’obtention du droit de grève, et en 1884 avec la liberté syndicale : notre syndicat porte le n° 120, créé en 1888). Forts d’une identité marquée, d’une organisation plus tacite que formelle et d’une solidarité interne reconnue, ils résistèrent à cette interdiction et bénéficièrent même d’une reconnaissance préfectorale en 1816.

Les portefaix détiennent jusque dans les années 1860 le monopole des activités de manutention à Marseille. Ils assurent la manutention des marchandises, la douane et l’entreposage, qui représentent l’essentiel de leur activité et la plus lucrative. Le port est leur domaine et leur association ne supporte alors aucune concurrence ; les tarifs sont décidés par la Société des Portefaix qui est reconnue comme association par l’autorité préfectorale depuis 1816. La société se constituera même Société de bienfaisance en 1853 pour contrer les protestations naissantes de l’opinion publique envers ce qui commence à être considérée comme une classe de privilégiés agissant dans un esprit de caste et de corporatisme qui dessert la place commerciale marseillaise. Les maitres et ouvriers portefaix sont pourtant reconnus alors comme des modèles de probité, de fidélité et d’exactitude dans le travail qui est produit, mais dont le fonctionnement archaïque ne peut plus coller avec le besoin pour le port de Marseille de se moderniser.

 

 La fin du règne des Portefaix et le début de la Compagnie des Docks comme date de naissance des transitaires marseillais

 

« Dès la première moitié du XIXe siècle, le trafic du port se transforme, le vieux port s’encombre, la taille des navires croît rapidement, ce qui rend le bassin du Lacydon difficilement utilisable. Le volume des marchandises débarquées ou embarquées croît pour le moins aussi rapidement et encombre les quais, d’où la nécessité de mettre en place des systèmes d’évacuation rapide. Avec le développement de la navigation à vapeur, apparaît la possibilité de mettre en place des trafics réguliers. La nature des marchandises transportées change, la part des charges homogènes s’accroît et Marseille, de port de négoce, se transforme en port industriel. Cette évolution conduit à la construction du port de la Joliette et des Docks ».

 

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Dans ce contexte de modernisation, la Compagnie des Docks fut créée en 1854 par l’Etat et concédée à la ville de Marseille deux ans après.

Avec l’aménagement des Docks, ce fut l’apparition d’outillages modernes de manutention, de nouveaux entrepôts libres et sous douane, dont la construction avait été rendue possible par l’apport de capitaux privés.

La Société des portefaix contesta cette situation qui renversait son monopole en fournissant à la clientèle des conditions commerciales moins couteuses et des conditions de traitement de la marchandise plus performantes. Ne cherchant pas à s’adapter, subissant la concurrence directe des nouveaux ouvriers de quais employés par la Compagnie.et plus préoccupée par des dissensions internes (pro et anti Compagnie des Docks), la Société des portefaix périclita jusqu’à perdre toute influence dès le début des années 1870.

« La reconversion des portefaix joua dans des directions fort différentes : une partie se tourna vers des activités terrestres et essaya d’imposer son monopole sur le marché central, d’autres travaillèrent pour le dock, d’autres enfin continuèrent à travailler sur le vieux port en ne participant plus aux opérations de mise à quai et de mise en cale, mais en se cantonnant dans la reconnaissance, le pesage, le passage à la douane et la manipulation à terre des marchandises. »

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Les ouvriers portefaix créèrent en 1904 le « Syndicat des ouvriers portefaix du commerce de Marseille », et le « Syndicat des ouvriers portefaix emballeurs et meuniers de commerce ». Les maîtres portefaix se réunirent en syndicat en 1909, avant d’adhérer à la Fédération des syndicats patronaux. On a continué à parler de portefaix jusque dans les années 1970, alors que ceux-ci avaient pu continuer à intervenir sur les ports à condition d’être incorporés au pool des ouvriers dockers, dont le statut fut créé en 1955.

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L’appellation de transitaire, à Marseille notamment, semble donc avoir pour origine la modernisation du port de Marseille. Du fait de l’obligation de se reconvertir, on peut penser que certains maitres et ouvriers portefaix aient fait le choix de l’indépendance (vis-à-vis de l’ancienne corporation et vis à vis de la nouvelle Compagnie des Docks) en créant ce nouveau métier.

 

Dès 1888, à l’initiative de Joseph Veux, Alexandre Crotte, Mr Bruzzo et Guy Laffont, ils se constituent en une organisation patronale qu’ils baptisent Syndicat des Transitaires de Marseille, siègent au 29 La Canebière.

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